La démographie française évolue : près d’un tiers de la population aura plus de 60 ans d’ici 2030 (INSEE). Or, la majorité des cas de cancers thoraciques, dont le cancer du poumon, touche des personnes de plus de 65 ans. Malgré cela, leur participation aux essais cliniques reste nettement en deçà de leur part réelle dans la population malade.
Selon Santé Publique France, près de 70 % des décès par cancer du poumon concernent des patients de plus de 70 ans, alors qu’ils représentent souvent moins de 25 % des inclusions dans les études en oncologie thoracique (« La cancérologie des personnes âgées », SFGG, 2022).
Depuis les années 2010, plusieurs sociétés savantes (Société Francophone d’Oncologie Gériatrique, Groupe Intergroupe Francophone de Cancérologie Thoracique) encouragent donc la création de cohortes et d’études ouvertes spécifiquement aux seniors, voire conçues pour eux.
De nombreux centres universitaires, labellisés par l’Institut National du Cancer (INCa), affichent désormais une politique volontariste pour inclure les personnes âgées dans les essais cliniques. Voici une cartographie des lieux particulièrement actifs et les dispositifs spécifiques mis en place.
| Centre Hospitalier | Ville | Programmes/Particularités |
|---|---|---|
| CHU de Toulouse – Oncopole | Toulouse | Programme Onco-Gériatrie TULIP, plateforme de recrutement senior, RCP dédiées |
| Gustave Roussy | Villejuif (Paris Sud) | Unité de coordination en oncogériatrie, essais nationaux Geriatric-Lung Cancer |
| Institut Curie | Paris | Inclusion élargie & parcours personnalisé oncogériatrique |
| CHU de Lille | Lille | Plateforme Hauts-de-France Oncogériatrie, nombreux essais interrégionaux seniors |
| AP-HM Marseille | Marseille | Equipe mobile de gériatres intégrée aux essais de cancers thoraciques |
| CHU Grenoble-Alpes | Grenoble | Projet régional TIGAge (Thérapeutique Individualisée et Gériatrie) |
| CHU de Lyon - Centre Léon-Bérard | Lyon | Pôle gériatrique adossé à l’oncologie thoracique |
Il existe également des réseaux régionaux, comme le réseau Onco-Occitanie ou le réseau OncoPaca-Corse, qui facilitent les inclusions en s’appuyant sur des équipes mixtes oncologues/gériatres.
L’exclusion des personnes âgées des essais trouve souvent sa source dans des critères trop restrictifs (scores de performance, comorbidités multiples). Les centres avant-gardistes adaptent leurs protocoles pour ouvrir davantage la porte :
À l’Institut Gustave Roussy, par exemple, 30 % des inclusions en essais thérapeutiques thoraciques concernent des patients de plus de 70 ans – un record national (source : rapport d’activité IGR, 2023).
L’offre d’essais cliniques adaptés croît lentement, mais des avancées significatives ont été notées depuis 2018 :
Il faut aussi signaler l’expérience du CHU de Marseille (AP-HM) : toutes les cohortes thoraciques intègrent une évaluation gériatrique systématique, avec adaptation des modalités de suivi selon la perte d’autonomie.
Les progrès sont notables, mais l’égalité d’accès reste tributaire de certains obstacles persistants :
Face à ces enjeux, le Plan Cancer 2021–2030 a fixé l’objectif de doubler le taux d’inclusion des seniors dans les essais nationaux. Le nombre de plateformes interrégionales d’oncogériatrie devrait donc s’accroître sous impulsion de l’INCa, en s’appuyant sur des initiatives pilotes existantes.
Au-delà des chiffres, l’inclusion effective passe par la compréhension fine des attentes, des craintes et des besoins spécifiques des patients âgés. Les centres hospitaliers précurseurs mettent en place :
Le CHU de Lyon (Centre Léon-Bérard) propose par exemple un « parcours accompagnant » renforcé, qui a permis d’augmenter de 18 % le taux de complétion des essais chez les plus de 75 ans (rapport CLB 2023).
La dynamique enclenchée par certains centres hospitaliers offre de précieuses ressources : protocoles adaptatifs, outils d’évaluation, et, surtout, changement de regard sur le potentiel thérapeutique des plus âgés. L’avenir passera par :
La France dispose aujourd’hui de têtes de réseau impliquées, d’exemples à suivre, et d’un cadre propice à l’innovation clinique au bénéfice des seniors. Leur visibilité, leur généralisation et l’implication des familles restent les défis majeurs pour garantir que chaque patient âgé atteint d’un cancer thoracique puisse bénéficier d’une médecine de précision, personnalisée dans toutes ses dimensions.