L’immunothérapie bouleverse l’approche des cancers thoraciques, notamment du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC). Son principe repose sur la stimulation du système immunitaire pour lutter contre les cellules tumorales. Si son arrivée a marqué une avancée majeure, elle s’accompagne d’effets indésirables différents de ceux des chimiothérapies traditionnelles, notamment chez les patients âgés. Pourtant, les seniors demeurent sous-représentés dans les essais cliniques (American Cancer Society, HAS), ce qui pose la question de la spécificité, du dépistage et de la prise en charge des effets secondaires dans ce groupe particulier.
Trois facteurs principaux modèlent la réponse des sujets âgés à l’immunothérapie :
Ces éléments modifient la fréquence, le type et l’intensité des effets secondaires chez les seniors, nécessitant une vigilance spécifique.
Les immunothérapies anti-PD-1 et anti-PD-L1 (pembrolizumab, nivolumab, atezolizumab, durvalumab…) déclenchent une toxicité différente des cytotoxiques. Les effets secondaires auto-immuns (ou “événements indésirables liés au système immunitaire” – irAEs) sont au premier plan. Qu’en est-il pour les personnes âgées ?
| Effets secondaires | Taux chez les < 65 ans | Taux chez les >= 75 ans | Délai d’apparition | Présentation particulière chez les seniors |
|---|---|---|---|---|
| Fatigue | 25-30 % | 35-40 % | Semaine 2 à 8 | Accentuée, persistent souvent plus longtemps |
| Altération de l’appétit | 15-25 % | 30-35 % | Précoce | Souvent associée à dénutrition |
| Atteintes thyroïdiennes (hypo/hyperthyroïdie) | 8-10 % | 12-15 % | 4 à 24 semaines | Risque de confusion, aggravation de fragilité |
| Atteintes cutanées | 15-20 % | 20-25 % | Variable | Prurit sévère : surinfection accrue |
| Toxicité digestive (diarrhée, colite) | 5-10 % | 10-18 % | 6 à 16 semaines | Déshydratation, confusion aiguë |
| Pneumopathies auto-immunes | 3-5 % | Jusqu’à 10 % | 6 à 20 semaines | Problème majeur, diagnostic parfois retardé |
| Arthralgies / Myalgies | 10-15 % | 15-18 % | Tardif | Retentissement fonctionnel marqué |
Sources : European Medicines Agency, Annals of Oncology, 2019
Particulièrement préoccupante chez les aînés, la pneumopathie liée à l’immunothérapie se manifeste typiquement entre la 6e et la 20e semaine de traitement. Selon une étude observationnelle française en 2022 (Revue Mal Respir, 2022), son incidence passe de 3-5 % chez les moins de 65 ans à près de 10 % chez les sujets ≥75 ans sous immunothérapie de première ligne pour un CBNPC.
À l’inverse, certaines études récentes suggèrent que, chez certains patients très âgés mais bien sélectionnés, la tolérance peut être comparable – souvent car le système immunitaire est moins réactif, ce qui “protégerait” d’une partie des effets secondaires sévères (JAMA Oncology, 2020). D’où l’importance d’une évaluation gériatrique personnalisée.
L’essor de l’immunothérapie chez les plus âgés, tant en essais cliniques qu’en vraie vie, incite à bâtir une véritable expertise gériatrique dans ce domaine. Plusieurs axes se dessinent :
Davantage d’études en vie réelle sont attendues pour documenter la tolérance et l’efficacité de l’immunothérapie chez les plus de 80 ans, aujourd’hui encore trop peu analysés (INCa, HAS). Le vieillissement n’est pas un obstacle, mais un facteur à considérer comme une chance de mieux adapter nos soins.