L’âge est l’un des principaux facteurs de risque de cancer thoracique et de pathologies pulmonaires, avec une prévalence qui s’accroît nettement après 70 ans : selon l’Institut national du cancer, 43 % des nouveaux cas de cancer du poumon en France touchent des personnes de plus de 70 ans (source : INCa). Pourtant, les résidents d’EHPAD font souvent face à des obstacles majeurs : désert médical, problèmes de mobilité, suivi médical fragmenté.
La télémédecine, appuyée par le Ségur numérique, s’est invitée en réponse à ces enjeux, surtout depuis la crise sanitaire liée à la COVID-19 qui a révélé à la fois la fragilité des résidents et la nécessité d’assurer la continuité des soins spécialisés malgré les contraintes. En 2022, près de 80 % des EHPAD déclaraient avoir recouru, au moins ponctuellement, à la télémédecine (source : Drees).
L’accès à une expertise en oncologie et pneumologie par télémédecine contribue non seulement à optimiser l’adéquation thérapeutique, mais aussi à sécuriser la prise en charge et à rassurer résidents, familles et équipes de soins.
Mettre en place un dispositif de télémédecine pour l’oncologie ou la pneumologie requiert une approche structurée, adaptée au contexte particulier des EHPAD et de leurs résidents, souvent poly-pathologiques, vulnérables, et à la dépendance parfois marquée.
En pratique, il est rare qu’un résident puisse participer seul à une téléconsultation d’oncologie ou de pneumologie. L’infirmière – souvent référente en EHPAD – joue alors un rôle de “pivot”, véritable courroie de transmission entre l’équipe médicale distante et le patient. Elle prépare le dossier, recueille signes et symptômes, rassemble les examens verfügbaren, installe le matériel et favorise le dialogue, tout en veillant à rassurer le résident.
Selon une étude menée à l’AP-HP en 2021 (source), 90 % des professionnels identifient la présence physique d’un soignant lors de la téléconsultation comme un facteur clé de réussite, pour la compréhension clinique mais aussi pour le soutien émotionnel.
La qualité de la transmission d’informations cliniques dépend du couple “matériel-connexion” choisi. Même si les EHPAD sont inégalement équipés, quelques standards se distinguent.
| Équipement | Utilité | Points clés |
|---|---|---|
| Tablette/PC avec caméra HD | Visio, partage de documents, prise de photos de lésions | Doit être facile à déplacer et à désinfecter |
| Otoscope numérique | Inspection ORL pour cancers métastatiques | Transmission d’images en direct |
| Stéthoscope connecté | Ausculation déléguée à distance par le spécialiste | Compatible avec la plateforme et facile d’usage |
| Oxymètre connecté | Évaluation de la saturation en O2, indispensable en pneumologie | Précision fiable, traçabilité dans le dossier |
Certaines régions proposent des plateformes régionales subventionnées (ex : MaTélémédecine, ORTIF, TELAGE) facilitant la mise à disposition de ce matériel, son entretien, et la formation associée des équipes.
Des algorithmes d’aide à la décision adaptés sont en cours d’expérimentation dans plusieurs régions pilotes (ex : programme APICIL Innovation Santé RhônAlp) pour mieux cibler les patients susceptibles de bénéficier de la téléconsultation et éviter la multiplication d’actes inutiles.
L’usage de la télémédecine en oncologie et pneumologie en EHPAD est déjà une réalité, avec de premières données encourageantes : le projet Télégéria en Île-de-France a réduit de 37 % les transferts aux urgences pour difficultés respiratoires et complications oncologiques entre 2021 et 2023 (source : APMnews). Les retours témoignent d’une satisfaction accrue chez les patients et un sentiment d’accompagnement renforcé par les soignants.
Pour aller plus loin, deux leviers se précisent : intégrer la téléconsultation dans les parcours territorialisés de cancérologie et d’insuffisance respiratoire chronique (maillage ville/hôpital/EHPAD), et soutenir l’innovation, notamment par le biais du financement des actes, la formation continue des professionnels, et l’évaluation régulière de la qualité du service rendu.
En mobilisant les ressources humaines, techniques et éthiques appropriées, l’organisation de la télémédecine en EHPAD pour l’oncologie et la pneumologie peut nourrir un véritable continuum de soins, orienté vers la personnalisation et le bien-vieillir, tout en relevant le défi de l’accès équitable à l’expertise hospitalière.