En France, le cancer du poumon reste l’un des cancers les plus fréquents chez l’adulte âgé. Selon les dernières données de Santé Publique France (2023), sur les quelque 52 000 nouveaux cas annuels, près de 65 % surviennent chez des personnes de plus de 65 ans. Toutefois, la répartition entre hommes et femmes continue d’évoluer :
Selon l’INCa, la mortalité liée au cancer du poumon chez les femmes âgées affiche la progression la plus rapide de tous les cancers depuis une dizaine d’années.
| Groupe d’âge | Hommes (pour 100 000) | Femmes (pour 100 000) |
|---|---|---|
| 65-69 ans | 385 | 105 |
| 70-74 ans | 395 | 120 |
| 75-79 ans | 330 | 110 |
(Source : Santé Publique France, données 2022).
Le principal facteur de risque environnemental reste le tabac. Ce dernier explique, à lui seul, près de 85 % des cas de cancers du poumon chez l’adulte. Chez les personnes âgées, la différence des prévalences entre hommes et femmes s’enracine dans les comportements d’exposition du XX siècle :
Il ne faut pas négliger les expositions professionnelles (amiante, hydrocarbures, etc.), qui ont également contribué de manière différenciée, ces secteurs ayant été majoritairement masculins dans la génération aujourd’hui senior.
Si l’écart de prévalence reste, pour l’instant, en défaveur des hommes âgés, plusieurs éléments interrogent sur l’augmentation rapide chez les femmes :
Enfin, la prévalence de patients non-fumeurs touchés par le cancer du poumon, dont la majorité sont des femmes, tend également à augmenter chez les seniors. Ce phénomène est particulièrement observé chez les femmes asiatiques, mais gagne du terrain en Europe de l’Ouest.
La baisse du tabagisme masculin (baisse de plus de 10 % chez les plus de 50 ans entre 2000 et 2020 – Santé Publique France) contraste avec la stagnation, voire la hausse, observée chez les femmes de la même génération. Ce phénomène se traduit par :
D’ici 2030, certaines projections estiment que l’écart de prévalence pourrait se resserrer chez les octogénaires, notamment dans les milieux urbains où les comportements tabagiques et l’exposition à la pollution s’uniformisent.
La question du diagnostic et de la prise en charge n’est pas neutre. Plusieurs données, issues d’études françaises et européennes, montrent que :
Les biais propres au genre, au-delà du biologique, doivent donc être pris en compte dans les stratégies de dépistage, d’accompagnement, et dans le dialogue avec les patients et leurs proches.
La France n’est pas un cas isolé. Aux États-Unis, l’étude du SEER note que depuis 2012, le nombre de décès par cancer du poumon chez les femmes âgées dépasse désormais les décès par cancer du sein. Au Royaume-Uni, Cancer Research UK observe une hausse de 35 % de l’incidence du cancer du poumon chez les femmes de plus de 70 ans dans la dernière décennie.
Ces données illustrent une dynamique mondiale – l’écart entre hommes et femmes âgées se resserre, avec parfois des inversions de tendance selon l’histoire du tabac locale.
À la lumière de ces constats, il paraît essentiel de :
L’histoire du cancer du poumon chez les personnes âgées reflète l’évolution de la société tout entière, entre héritages tabagiques et transitions démographiques. Même si la prévalence reste aujourd’hui plus élevée chez les hommes seniors, l’augmentation rapide observée chez les femmes alerte sur le besoin d’anticiper les besoins futurs, de combattre les stéréotypes et de personnaliser encore davantage la prévention comme la prise en charge.
Chaque chiffre, chaque tendance interroge sur nos choix passés, mais ouvre aussi des possibilités d’action pour demain. Prendre la mesure de ces disparités, c’est redonner à chaque patient âgé, homme ou femme, la place qu’il mérite dans l’oncologie de la longévité.