Lorsque l’on évoque la prise en charge du cancer chez les personnes âgées, la question de la coordination des soins n’est plus une option mais une nécessité. Les réseaux territoriaux de cancérologie, aujourd’hui structurés autour des réseaux régionaux de cancérologie (RRC) ou de dispositifs comme les Dispositifs d’Appui à la Coordination (DAC) depuis la loi de santé de 2016, visent à réunir l’ensemble des acteurs impliqués dans le parcours de soins des patients atteints de cancer. Leur objectif : intégrer les soins de support, garantir l’égalité d’accès à l’innovation, soutenir les professionnels de terrain, et offrir aux patients (et particulièrement aux seniors) un accompagnement personnalisé et fluide.
Le besoin d’un tel maillage a émergé du constat suivant : près de 65 % des nouveaux cas de cancer concernent des personnes de plus de 65 ans en France (INCa, Données 2023). Parmi eux, les cancers thoraciques, notamment le cancer bronchopulmonaire, figurent aux premiers rangs. Or, la moitié de ces patients voient leur parcours complexifié du fait de comorbidités, de fragilités liées à l’âge, et d’un environnement sociosanitaire hétérogène.
La multiplicité des intervenants (médecin traitant, pneumologue, oncologue, infirmière, pharmacien, acteurs sociaux…) peut générer des ruptures de suivi, des doublons, voire des non-recours à certains soins. Les réseaux territoriaux œuvrent à structurer un parcours continu, évolutif et adapté pour chaque senior. Ce rôle de « chef d’orchestre invisible » s’illustre à plusieurs niveaux :
Plus de 80 % des professionnels de santé en cancérologie affirment que les dispositifs de coordination territoriale réduisent le risque de rupture de parcours, selon une étude SIRIC CURAMUS (2022).
Les seniors présentent souvent des profils cliniques complexes : polypathologies, déclin physique, troubles cognitifs ou isolement social. Les réseaux territoriaux permettent d’adapter concrètement les prises en charge en s’appuyant sur :
Ces adaptations reposent sur une logique : éviter une approche « one size fits all » et bâtir une trajectoire respectueuse des valeurs, des souhaits, mais aussi des vulnérabilités des patients âgés.
Un autre point d’appui majeur des réseaux territoriaux réside dans leur capacité unique à offrir un accès plus large et équitable à l’innovation thérapeutique.
Ceci participe à rééquilibrer une situation traditionnellement défavorable aux personnes âgées, souvent considérées à tort comme « hors champ » de l’innovation pour des raisons relevant plus des pratiques historiques que de la réelle capacité des seniors à bénéficier des traitements modernes (Fondation Contre le Cancer Belgique).
Le cancer chez le sujet âgé ne se limite pas à la sphère strictement biomédicale. Les aidants familiaux tiennent un rôle pivot dans le maintien à domicile, l’observance thérapeutique, et la qualité de vie. Les réseaux territoriaux de cancérologie leur offrent plusieurs appuis :
| Service proposé | Exemple de réalisation territoriale |
|---|---|
| Permanence infirmière dédiée | Programme Accompagnement Personnalisé des Seniors Cancéreux (APESC) réseau OncoPaca-Corse |
| Ateliers aidants | Réseau OncoNormandie, sessions mensuelles multi-villes |
| Plateforme téléphonique 7 jours sur 7 | Réseau OncoRA Lyon |
Malgré les progrès, des défis restent prégnants. On note des disparités régionales fortes : l’accès à la coordination et à certains services de proximité reste inégal sur le territoire, y compris dans le champ des soins de support (source : Observatoire Régional de la Santé, 2023). L’interopérabilité des systèmes d’information, ainsi que le financement pérenne de ces dispositifs, sont également des sujets de vigilance.
Par ailleurs, la crise du recrutement des professionnels de santé (infirmières, assistants sociaux, médecins âgistes) pèse sur la capacité à répondre à la demande croissante liée au vieillissement démographique. À l’horizon 2030, le nombre de personnes âgées atteintes d’un cancer pourrait augmenter de 30 % en France selon l’INCa, accentuant la pression sur les dispositifs territoriaux.
L’avenir passera sans doute par une digitalisation accrue des outils collaboratifs, le renforcement des formations en gériatrie oncologique pour tous les acteurs, et la participation active des patients-ressources dans la co-construction des parcours. Des initiatives pilotes en télésurveillance ou en coordination renforcée pour les personnes en très grande fragilité méritent d’être observées de près.
Finalement, les réseaux territoriaux de cancérologie s’imposent comme un maillon de transformation de l’accompagnement des personnes âgées atteintes de cancer thoracique. Leur capacité à faire dialoguer la technique, l’éthique, l’écoute et l’innovation conditionne l’avenir d’une prise en charge digne de la complexité humaine du grand âge face à la maladie.