Les thérapies ciblées diffèrent fondamentalement des chimiothérapies traditionnelles, car elles visent une anomalie moléculaire particulière, souvent à l’origine même du développement tumoral. En ciblant une anomalie génétique précise, ces médicaments offrent l’espoir d’une efficacité accrue et d’une toxicité moindre.
Or, toutes les tumeurs n’expriment pas ces modifications génétiques. Détecter la présence de ces mutations avant d’instaurer une thérapie ciblée est donc une condition incontournable pour garantir la pertinence — et l’accessibilité — du traitement. Cette démarche s’appuie sur des avancées majeures en génomique et sur l’intégration des plateformes de séquençage au quotidien des laboratoires d’anatomopathologie ou de biologie moléculaire.
Les cancers thoraciques, particulièrement le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), sont caractérisés par une grande hétérogénéité génomique. Différentes altérations peuvent être exploitées par une approche ciblée.
Si les mutations citées ci-dessus sont systématiquement recherchées dès le diagnostic d’un adénocarcinome bronchique, d’autres anomalies commencent à rejoindre la liste des biomarqueurs exploitables :
L’identification de ces anomalies requiert des techniques sophistiquées, telles que le séquençage de nouvelle génération (NGS), capables de détecter une multitude d’altérations, y compris sur de faibles quantités de matériel tumoral.
La stratégie de dépistage des mutations oncogéniques en France est aujourd’hui très encadrée par les recommandations (ex: Société Française de Pathologie, INCa, ESMO).
Dans plus de 80 % des cas d’adénocarcinome pulmonaire, une analyse des principaux biomarqueurs est réalisée dès le premier diagnostic (HAS). L’accès aux plateformes régionales de biologie moléculaire garantit une équité nationale de l’accès au test.
| Gène / Anomalie | Fréquence (%) | Population concernée | Thérapie(s) ciblée(s) |
|---|---|---|---|
| EGFR | 10-15 (Europe), jusqu'à 40 (Asie) | Adénocarcinome, non-fumeurs (+ femmes, Asie) | Inhibiteurs EGFR (osimertinib, afatinib) |
| ALK | 3-7 | Sujets jeunes, non-fumeurs | Inhibiteurs ALK (crizotinib, alectinib, brigatinib) |
| ROS1 | 1-2 | Non-fumeurs, sujets jeunes | Crizotinib, entre autres |
| BRAF V600E | 1-3 | Tous profils | Dabrafenib + trametinib |
| MET (exon 14 skip) | 2-4 | Sujets âgés, fumeurs surtout | Capmatinib, tepotinib |
| RET | 1-2 | Sujets jeunes, non-fumeurs | Selpercatinib, pralsetinib |
| KRAS G12C | 13 | Fumeurs majoritairement | Sotorasib, adagrasib |
| NTRK | <1 | Tous profils | Larotrectinib, entre autres |
Un sujet âgé diagnostiqué d’un cancer thoracique bénéficie du même panel d’analyse moléculaire qu’un patient plus jeune. Plusieurs publications ont montré que les altérations génétiques sont retrouvées à fréquence comparable chez les plus de 70 ans, même si la distribution des mutations varie légèrement (PubMed). Trop souvent, par souci de simplicité ou par crainte d’une tolérance moindre, la recherche de mutations et l’accès aux traitements ciblés sont sous-utilisés dans cette population.
À l’heure du vieillissement de la population, ignorer les pistes de traitement innovantes reviendrait à aggraver les inégalités face à la maladie.
De nouveaux biomarqueurs sont régulièrement intégrés dans la pratique clinique, tels que l’expression de PD-L1 — bien qu’il ne s’agisse pas d’une mutation mais d’un marqueur d’immunothérapie — ou l’instabilité des microsatellites (MSI). Le développement du “liquid biopsy”, testant l’ADN tumoral circulant dans le sang, promet de faciliter le dépistage et la surveillance sans procédure invasive, ce qui est notamment pertinent pour les personnes âgées ou fragiles (NCI).
Faire progresser l’accès et la compréhension des biosignatures génétiques ouvre la porte à une véritable médecine de précision, y compris au grand âge. S’informer et oser proposer ces tests reste essentiel pour chaque praticien, chaque aidant, chaque patient : c’est là que l’on transforme la science en bénéfice tangible pour nos ainés.